04 mars 2007
Rattrapée par le passé
Je téléphone à ma copine S. qui vit dans l'est avec son mari G.
Quand je sortais avec B. nous avons présenté S. ma copine, à G. un de ses nombreux copains élèves pilotes. Nous sommes partis en vacances ensemble, avons passé des soirées, des weekends à rire, à promener... Jusqu'à ce que B. devienne un type odieux, trop lâche pour me quitter, jusqu'à ce qu'il commence à se comporter comme un goujat pour que ce soit moi qui le quitte. Et puis, un mois après, il commença à sortir avec V.
C'était il y a trois ans. Cette année là, j'ai été éconduite par B., ma mère a passé 15 jours à l'hôpital, séquelles d’un accident de voiture qui s’était produit dix ans auparavant, mon frère a été agressé sexuellement dans l’internat de son lycée par d’autres élèves (un petit jeu de potache selon les parents des élèves impliqués, oui baisser un caleçon et essayer d’introduire un objet… c’est un jeu de potache : une semaine d’exclusion pour les élèves impliqués), et je n’ai pas été admissible au CAPES à 0.25 point près. C’est ce qu’on appelle la poisse… Dans tout ça, je faisais front. J’étais le roc sur lequel s’appuyaient mon frère et ma mère (mon père étant bloqué dans les Emirats pour son boulot). Mes copines disaient « va voir un psy, tu peux pas assumer tout ça seule ».
B. m’avait quittée disait-il, parce que devenir pilote de chasse lui demandait trop d’énergie, qu’il ne pouvait se consacrer qu’à ça. Je lui demandais comment faisaient les autres qui avaient des copines, il répondait qu’il ne savait pas, que je demandais trop. Lui demander de lâcher ses jeux vidéos c’était trop, de diner avec moi au restau c’était trop, de descendre me voir un weekend c’était trop. Ce garçon qui avait clamé partout que j’étais un fille merveilleuse deux ans auparavant, qui disait à ses parents et à ses amis combien il avait de la chance de vivre avec moi qui lui facilitait tellement la vie en lui préparant des bons petits plats quand il rentrait le soir, qui m’avait dit « j’ai hâte du jour où je demanderais ta main ou nous aurons des enfants » , avait confié après la rupture à nos amis S. et G. : « tu vois, le problème avec Manu, c’est qu’elle avait trop envie d’une vie de famille, je la voyais trop mère au foyer, à s’occuper des enfants… ». Il m’avait dit qu’il n’était pas fait pour la vie de famille en fait, que seule sa carrière comptait… Et puis, un mois après, j’appris par S. que B. avait confié à G. le soin de me faire savoir qu’il sortait avec une fille. Elle s’appelait V. Elle était pilote de chasse comme lui. Elle, elle pourrait le comprendre, puisque moi j’en étais incapable (j’étais un monstre sans nom qui lui demandait de renoncer à un voir un match de rugby à la télé pour aller faire une promenade au bord de la Loire…). J’avais des avis de tout le monde « J’ai vu B. la semaine dernière, il a demandé de tes nouvelles, et puis ses parents était là, quand j’ai prononcé ton nom, sa mère a fait un grand sourire, et elle m’a dit de te faire un gros gros bisous, tu te rends compte, elle a dit ça devant V. ça craint hein, je crois que les parents de B. n’aiment pas trop V. C’est normal tu t’entendais tellement bien avec eux toi. Et puis elle, elle ne pense qu’à la chasse, et elle ne parle que d’avions, et d’elle ». « B. et V. ils vivent ensemble à Cazeaux », V. était moche « t’inquiètes Manu, V. elle est moitié moins jolie que toi, elle a des épaules de camionneur, un physique de rugbyman, et puis quelle vie ils vont avoir, elle à Reims, lui à Cambrai ». « Au fait Manu, V. elle s’est fait virée de la chasse, maintenant elle est à Cognac. » « B. a dit à G. qu’il préférait ne plus te téléphoner, parce que tu es incapable d’arrêter de pleurer quand tu l’entends ». Je ne demandais rien, et on me disait tout. Et puis j’ai dis, ne prononcez plus jamais leurs noms devant moi. Ne me parlez plus jamais ni de B. ni de V. ni en bien, ni en mal, maintenant il est à elle, ça fait un an qu’ils sont ensemble, un an qu’il n’est plus avec moi, moi je stagne, je suis célibataire depuis cette date, je n’arrive pas à rencontrer quelqu’un avec qui j’aurais envie de rester, alors ne me parlez plus d’eux. J’ai été exaucée. De temps en temps, S. me disait encore que B. avait demandé de mes nouvelle. La consigne était « Manu va très bien. », je ne sais pas s’ils l’ont respectée. J’étais tentée de donner comme consigne « Manu elle t’emmerde, si tu veux de ses nouvelles elle a toujours le même e-mail. », mais ça aurait montré la vérité, que je souffrais toujours de cette rupture.
J’ai donc appelé S., hier. S. que je n’ose pas appeler depuis quelques mois, parce que les virages qu’ont pris nos vies me font peur. Parce qu’elle est mariée avec G., et que moi je suis incapable de me fixer avec quelqu’un. Parce que toujours, j’ai peur que le nom de B. soit prononcé.
Ca n’a pas manqué. G. est un garçon adorable, avec un coté concierge qui me fait mourir de rire. C’est lui qui a décroché, il m’a demandé des nouvelles de ma mut en Gwada, j’ai dit que je n’en savais pas plus, il a conclu en disant « t’as raison de partir puisque tu n’as pas d’attaches, ça va être une super expérience, au fait, t’as toujours pas d’attaches, non ?
_ ahem, pas vraiment
_non, c’est pas vrai ? alors c’est qui ? il fait quoi ?
_ ahem, tu vas rire
_ non ? Manu, encore un militaire ?
(oui, il faut savoir qu’après B. je suis sortie avec un ancien légionnaire de la légion étrangère _ et non il n’avait pas des cases en moins _ et avec Jorge, qui était un ancien légionnaire de la légion espagnole, plus un garçon qui avait tenté le concours de recrutement de pilote de chasse de l’armée, plus quelques autres, mais G. ne retiens que les cas de ceux qui ont un rapport avec l’armée, c’est vrai qu’il y en a quelques-uns, une histoire de karma sûrement…)
_ ahem, ben, oui… C’est un EMA (un EMA c’est un ancien sous officier qui a passé le concours d’officier, mon ex et G. eux c’était ce qu’on appelle des directs, ils avaient passé le concours après une prépa, ce qui était autrement plus la classe)
_ non, pas ça Manu, tu peux pas nous faire ça, pas un EMA, bon, il fait quoi, c’est un PN (personnel naviguant) ?
_ oui pour l’instant il passe l’ATPL (punaise les militaires c’est pire que l’iuphme, Il ont un milliard de sigles, bon alors, l’atpl, c’est les examen théoriques que passent tous les pilotes civils ou militaires pour pouvoir aller dans le ciel)
_ et il veut être chasseur (rien à voir avec la chasse à la tourterelle, un chasseur, c’est un pilote de chasse, par rapport à un transporteur qui pilote des avions de… de transport !)
_ben oui, pour l’instant, il veut faire chasse comme tout le monde (oui chasseur, c’est plus la classe que transporteur…)
G. a ri, plaisanté, et ajouté : « Ben écoute, tu t’en fous sûrement, mais B. ne sort plus avec V. »
Alors là, je sais pas comment, mais une massue de 30 kilos m’est tombée sur la tête, j’ai trouvé je ne sais où la force de répondre « effectivement, ça ne me concerne pas », et comme il me restait encore une once de volonté, je n’ai pas demandé « où, quand comment, mais qui a quitté l’autre, mais il est célibataire là ?? ». J’ai vite embrayé sur autre chose. Et quand j’ai raccroché, le combat avec moi-même a commencé. Ca ressemblait à « Manu, t’as pas le droit de te laisser abattre. Putain mais ce type il t’a détruite, ça fait trois ans que c’est fini, et tu as encore des sentiments pour lui malgré tout le mal qu’il t’a fait… Reprends toi Manu, ni pense pas, pense à… Pense à Jeune Homme Timide, NON pas ça, ne t’attache pas à un nouvel homme, tu vas encore t’en prendre plein la gueule. Allez calcule ça fait quoi, trois ans qu’il t’a quittée ? Ouhais c’est ça, et toi t’es sortie, quoi, deux ans avec lui ? Et avec elle il est sorti 3 ans, un de plus qu’avec toi, il a aimé une autre fille, avec laquelle il est resté 3 ans, et toi t’as aimé Jorge avec lequel t’es restée un mois… Pas brillant. Mais ta gueule Manu, c’est pas une compétition tout ça. Et puis j’ai bien vu que tu t’es réjouie quand G. t’as dis qu’ils étaient plus ensemble, bravo Manu, t’es fière de toi ? Mais pourquoi, pourquoi 3 ans après il faut encore que tout ça t’affecte ? N’importe qui s’en serait remis de tout ça. Et toi t’es encore là. Et G. et S. ce sera tes amis toute ta vie. Et toute ta vie, ils continueront à te donner des nouvelles de B., parce que c’est comme ça, parce que lui aussi c’est leur ami. »
Alors, je suis en train d’essayer de prendre une décision. Celle que j’aurais du prendre il y a deux ans quand j’étais tellement mal que j’ai arrêté la fac. Je crois que je devrais aller voir un psy, je crois qu’il faut que j’aille exorciser le fantôme de B. Parce que c’est peut être pour ça que je trouve pas de mec avec lequel ça marche…Vous savez, on dit que quand on meurt, on revit sa vie en 5 secondes ? Moi à chaque fois que quelqu’un prononce B. y compris moi, je revis notre histoire de A à Z. Du bonheur le plus grand, à la dépression la plus profonde.
J’écris trop non ? Je n’arrive pas à faire plus court, à enlever les détails, tous me semblent importants. J’ai l’impression d’être exhibitionniste là, mais j’ai besoin de raconter. Je crois que ça me fait du bien. Je veux juste que cette boule dans le ventre se barre. Dans un jour ou deux il n’y aura plus rien… Allez, juste un jour ou deux. Et puis peut être que je devrais quand même voir un psy…
30 janvier 2007
Ma carrière dans le burger
Aujourd'hui, avec mon frère ont est allés manger chez Mac Donald, et ça m'a rappelé ce temps béni ou j'étais équipière polyvalente à Mac Do.
Équipière polyvalente, c'est un boulot super, que même tu peux à la fois: gonfler des ballons, nettoyer des chiottes plein d'excréments (et même que parfois il y en a sur les murs), faire des hamburgers (mais attention, si t'as nettoyé les chiottes avant y faut se laver les mains), remplir une chambre froide à -18°C de cartons de viande, frites, nuggets..., faire des frites, nettoyer les stalactites de gras accrochées aux grills, te faire maltraiter à la caisse par des ados boutonneux (qu'on même pas leur BEPC) qui pensent qu'acheter un doublecheese à deux euros cinquante ça donne le droit de traiter la caissière (qui a quand même une maîtrise de lettres hispaniques) comme une sous merde.
Et là lecteur, tu te dis wahou, bosser chez Mac Do, c'est vraiment le kif. Tu as raison lecteur, mais le bonheur ne s'arrête pas là. Quand tu bosses dans le MacDo où j'ai bossé tu peux aussi compacter les ordures, sans compacteur à ordures. Comme MacDo génère plus de poubelles qu'il n'a de containers, il faut bien tromper les éboueurs. Pour compacter les ordures sans compacteur c'est facile, tu prends des bottes en caoutchouc, et tu grimpes dans le container, à ce moment là tu écrases les sacs poubelles pour qu'il prennent moins de place dans le container, et comme ça tu peux mettre encore tout plein de poubelles. Bon le moment le plus sympa, c'est quand l'air contenu dans les sacs fait exploser ces derniers, et que du jus de poubelle (mélange de coca, sauces, hamburger, frites et glaces pas finis) te gicle à la gueule et dans les cheveux.
Un truc très sympa aussi, chez MacDo, c'est la travail d'équipe, moi j'adorais bosser avec les pétasses manageuses. Les manageuses te récompensaient de tes merveilleux efforts en te confiant des missions très excitantes: compacter les ordures (attention au jus de poubelle sus nommé), décartonner les cartons, vider les filtres à huile des friteuses, laver les plateaux, nettoyer le trash (local à poubelle), laver les poubelles, changer l'eau des seaux à chiffons et les "retimer" (à lire avec l'accent américain) "dis donc Manu, tu te sors les doigts et tu vas me timer les seau à chiffons". On peut parfois aussi te confier des supers missions commerciales "bon les pouffiasses équipières des caisses là, faut me vendre des macs (des bigmac hein, pas des ordinateurs), sinon on va tout perdre ceux qu'on a fait en trop", et si tu as réussi à vendre beaucoup de macs, ou de desserts ou de cafés, et ben tu t'es crevé le cul pour rien, parce que de toutes façons t'as zéro bénef sur les ventes.
Dans mon MacDo, je sais pas pourquoi, il n'y avait que des manageuses (enfin il y avait un manager super sympa au début, mais il très vite changé de MacDo) et à part une nana qui était super sympa (et qui avait une licence d'espagnol mais qui avait laissé tomber le Capes, je veux pas dire que les gens qui font des études d'espagnol sont extraordinaires mais bon...) il n'y avait que des hystériques. Je ne sais pas trop pourquoi, sûrement parce que je suis trop gentille, elles m'ont pris en grippe le premier jour, et elle me prenaient vraiment pour une conne. Elle n'arrêtaient pas de me dire que j'étais nulle, et j'avais vraiment l'impression d'être une sous-merde, ben oui j'arrivais pas à faire douze macs en moins d'une minute!
Parfois, on m'envoyait travailler dans un autre MacDo où tout le monde me disait que des choses gentilles, que j'étais sympa, que je bossais bien en cuisine, que j'étais super rapide à la plonge... et après, je retournais à mon MacDo et les manageuses m'envoyaient compacter les poubelles exprès parce que je détestais ça (en même temps qui aimerait?).
Mais le travail d'équipe, ce n'était pas exaltant qu'avec les manageuses, je bossais aussi avec des bimbos stupides qui fantasmait sur les pompiers de la caserne d'à coté (bon d'accord, moi aussi, je les trouvais pas mal les pompiers, mais en tenue de MacDo j'ai jamais réussi à lever un mec). Heureusement, il y avait aussi deux ou trois étudiants comme moi, avec qui on rigolait bien en imitant tout ce petit monde.
J'ai bossé 8 mois dans ce MacDo, le jour où je suis partie, je me suis promis de revenir quand je serais devenue quelqu'un, mais bon, finalement, je suis devenue prof! N'empêche, faudra que j'y retourne dans mon MacDo, histoire de leur dire aux connasses manageuses tu sais mon Capes, je l'ai réussi, je suis payée autant que toi (et encore je suis en début de carrière), je ne bosse pas le weekend, et j'ai 15 jours de vacances toutes les 7 semaines, alors prie pour que tes gamins tombe pas un jour dans ma classe, je serais toi, je leur ferais faire allemand (ah ah ah , rire de sadique).
Voilà lecteur, tu connais ma vie d'équipière au MacDo, la prochaine fois, je te raconterais ma vie passionante d'agent de service dans une maison de retraite...

