Proxima estación Esperanza

Vie professionnelle et sentimentale ou vie tout court d'une prof aux Antilles

16 décembre 2007

Pour la liberté

Ingrid Betancourt est notre fille, notre mère, notre sœur. Voici de larges extraits de la lettre de 12 pages qu'elle a adressée à sa famille. Blogueurs du monde entier, lisez ce texte, affichez-le sur votre site et demandez aux autres blogueurs de vous imiter afin de tenter de la sauver.

« C’est un moment très dur pour moi. Ils demandent des preuves de vie brusquement et je t’écris mon âme tendue sur ce papier. Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimenté, j’ai l’appétit bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités.

Je n’ai envie de rien. Je crois que c’est la seule chose de bien, je n’ai envie de rien car ici, dans cette jungle, l’unique réponse à tout est « non ». Il vaut mieux donc, n’avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs. Cela fait 3 ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir vive la curiosité intellectuelle. Je continue à espérer qu’au moins par compassion, ils m’en procureront un, mais il vaut mieux ne pas y penser.

Chaque chose est un miracle, même t’entendre chaque matin car la radio que j’ai est très vieille et abîmée.

Je veux te demander, Mamita Linda, que tu dises aux enfants qu’ils m’envoient trois messages hebdomadaires (...). Rien de transcendant si ce n’est ce qui leur viendra à l’esprit et ce qu’ils auront envie d’écrire (…). Je n’ai besoin de rien de plus mais j’ai besoin d’être en contact avec eux. C’est l’unique information vitale, transcendante, indispensable, le reste ne m’importe plus(…).

Comme je te disais, la vie ici n’est pas la vie, c’est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux piquets, recouvert d’une moustiquaire et avec une tente au dessus, qui fait office de toit et me permet de penser que j’ai une maison.

J’ai une tablette où je mets mes affaires, c’est-à-dire mon sac à dos avec mes vêtements et la Bible qui est mon unique luxe. Tout est prêt pour que je parte en courant. Ici rien n’est à soi, rien ne dure, l’incertitude et la précarité sont l’unique constante. A chaque instant, ils peuvent donner l’ordre de tout ranger [pour partir] et chacun doit dormir dans n’importe quel renfoncement, étendu n’importe où, comme n’importe quel animal (…). Mes mains suent et j’ai l’esprit embrumé, je finis par faire les choses deux fois plus doucement qu’à la normale. Les marches sont un calvaire car mon équipement est très lourd et je ne le supporte pas. Mais tout est stressant, je perds mes affaires ou ils me le prennent, comme le jeans que Mélanie m’avait offert pour Noël, que je portais quand ils m’ont pris. L’unique chose que j’ai pu garder est la veste, cela a été une bénédiction, car les nuits sont gelées et je n’ai eu rien de plus pour me couvrir.

Avant, je profitais de chaque bain dans le fleuve. Comme je suis la seule femme du groupe, je dois y aller presque totalement vêtue : short, chemise, bottes. Avant j’aimais nager dans le fleuve mais maintenant je n’ai même plus le souffle pour. Je suis faible, je ressemble à un chat face à l’eau. Moi qui aimais tant l’eau, je ne me reconnais pas. (…) Mais depuis qu’ils ont séparé les groupes, je n’ai pas eu l’intérêt ni l’énergie de faire quoi que ce soit. Je fais un peu d’étirements car le stress me bloque le cou et cela me fait très mal.

Avec les exercices d’étirement, le split et autres, je parviens à détendre un peu mon cou. (...) Je fais en sorte de rester silencieuse, je parle le moins possible pour éviter les problèmes. La présence d’une femme au milieu de tant de prisonniers masculins qui sont dans cette situation depuis 8 à 10 ans, est un problème (…). Lors des inspections, ils nous privent de ce que nous chérissons le plus. Une lettre de toi qui m’était arrivée, m’a été prise après la dernière preuve de survie, en 2003. Les dessins d’Anastasia et Stanislas [neveux d’Ingrid], les photos de Mélanie et Lorenzo, le scapulaire de mon papa, un programme de gouvernement en 190 points, ils m’ont tout pris. Chaque jour, il me reste moins de moi-même. Certains détails t’ont été racontés par Pinchao. Tout est dur.

Il est important que je dédie ces lignes à ces êtres qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l’eau, qui ne me laissent pas couler dans l’oubli, le néant et le désespoir. Ce sont toi, mes enfants, Astrid et mes petits garçons, Fab [Fabrice Delloye], Tata Nancy et Juanqui [Juan Carlos, son mari].

Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge (...). Ici, tout a deux visages, la joie vient puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles blessures... c’est vivre et mourir à nouveau. Pendant des années, je n’ai pas pu penser aux enfants et la douleur de la mort de mon papa accaparait toute la capacité de résistance. Je pleurais en pensant à eux, je me sentais asphyxiée, sans pouvoir respirer. En moi, je me disais : « Fab est là, il veille à tout, il ne faut pas y penser ni même penser ». Je suis presque devenue folle avec la mort de mon papa. Je n’ai jamais su comme cela s’est passé, qui était là, s’il m’a laissé un message, une lettre, une bénédiction. Mais ce qui a soulagé mon tourment, a été de pensé qu’il est parti confiant en Dieu et que là-bas, je le retrouvera pour le prendre dans mes bras. Je suis certaine de cela. Te sentir a été ma force. Je n’ai pas vu de messages jusqu’à ce qu’il me mette dans le groupe de [l’otage] Lucho, Luis Eladio Pérez, le 22 août 2003. Nous avons été de très bons amis, nous avons été séparés en août. Mais durant ce temps, il a été mon soutien, mon écuyer, mon frère (…).

J’ai en mémoire l’âge de chacun de mes enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le « Happy Birthday ». Je demande à ce qu’ils me laissent faire une gâteau. Mais depuis trois ans, à chaque fois que je le demande, la réponse est non. Ca m’est égal, s’ils amènent un biscuit ou une soupe quelconque de riz et de haricot, ce qui est habituel, je me figure que c’est un gâteau et je leur célèbre dans mon cœur, leur anniversaire.

A ma Melelinga [Mélanie], mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du cygne, à elle que j’aime tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd’hui, je partirais satisfaite de la vie, en remerciant Dieu pour mes enfants. Je suis heureuse pour ton master à New York. C’est exactement ce que je t’aurais conseillé. Mais attention, il est très important que tu fasses ton DOCTORAT. Dans le monde actuel, même pour respirer, il faut des lettres de soutien (...). Je ne vais pas même me fatiguer à insister auprès de Loli [Lorenzo] et Méla qu’ils n’abandonnent pas avant d’avoir leur doctorat. J’aimerais que Méla me le promette. (...) Mélanie, je t’ai toujours dit que tu étais la meilleure, bien meilleure que moi, une sorte de meilleure version de ce que j’aurais voulu être. C’est pourquoi, avec l’expérience que j’ai accumulé dans ma vie et dans la perspective que donne le monde vu à distance, je te demande, mon amour, que tu te prépares à arriver au sommet.

A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon chief musician qui me chante et m’enchante, au maître de mon coeur, je veux dire que depuis qu’il est né jusqu’à aujourd’hui, il a été ma source de joies. Tout ce qui vient de lui est du baume pour mon coeur, tout me réconforte, tout m’apaise, tout me donne plaisir et placidité (...). J’ai enfin pu entendre sa voix, plusieurs fois cette année. J’en ai tremblé d’émotion. C’est mon Loli, la voix de mon enfant, mais il y a déjà un autre homme sur cette voix d’enfant. Un enrouement d’homme-homme, comme celle de mon papa (…). L’autre jour, j’ai découpé une photo dans un journal arrivé par hasard. C’est une propagande pour un parfum de Carolina Herrera « 212 Sexy men ». On y voit un jeune homme et je me suis dit : mon Lorenzo doit être comme ça. Et je l’ai gardé.

La vie est devant eux, qu’ils cherchent à arriver le plus haut. Etudier est grandir : non seulement par ce qu’on apprend intellectuellement, mais aussi par l’expérience humaine, les proches qui alimentent émotionnellement pour avoir chaque jour un plus grand contrôle sur soi, et spirituellement pour modeler un plus grand caractère de service d’autrui, où l’ego se réduit à su plus minime expression et où on grandit en humilité et force morale. L’un va avec l’autre. C’est cela vivre, grandir pour servir (…).

A mon Sébastien [fils du premier mariage de Fabrice Delloye], mon petit prince des voyages astraux et ancestraux. J’ai tant à te dire ! Premièrement, que je ne veux pas partir de ce monde sans qu’il n’ait la connaissance, la certitude et la confirmation que ce ne sont pas deux, mais trois enfants d’âme, que j’ai (…). Mais avec lui, je devrais dénouer des années de silence qui me pèsent trop depuis la prise d’otage. J’ai décidé que ma couleur favorite était le bleu de ses yeux (…). Si je venais à ne pas sortir d’ici, je te l’écris pour que tu le gardes dans ton âme, mon Babon adoré, et pour que tu comprennes, ce que j’ai compris quand ton frère et ta sœur sont nés : je t’ai toujours aimé comme le fils que tu es et que Dieu m’a donné. Le reste ne sont que des formalités.

(…) Je sais que Fab a beaucoup souffert à cause de moi. Mais que sa souffrance soit soulagée en sachant qu’il a été la source de paix pour moi. (…) Dis à Fab que sur lui, je m’appuie, sur ses épaules, je pleure, qu’il est mon soutien pour continuer à sourire de tristesse, que son amour me rend forte. Parce qu’il fait face aux nécessités de mes enfants, je peux cesser de respirer sans que la vie ne me fasse tant mal. (…)

A mon Astrica, tant de choses que je ne sais par où commencer. Tout d’abord, lui dire que « sa feuille de vie » m’a sauvé pendant la première année de prise d’otage, pendant l’année de deuil de mon papa (…). J’ai besoin de parler avec elle de tous ces moments, de la prendre dans mes bras et de pleurer jusqu’à ce que se tarisse le puits de larmes que j’ai dans mon cœur. Dans tout ce que je fais dans la journée, elle est en référence. Je pense toujours, « ça, je le faisais avec Astrid quand nous étions enfants » ou « ça, Astrid le faisait mieux que moi ». (…) Je l’ai entendu plusieurs fois à la radio. Je ressens beaucoup d’admiration pour son expression impeccable, pour la qualité de sa réflexion, pour la domination de ses émotions, pour l’élégance de ses sentiments. Je l’entends et je pense « Je veux être comme ça » (…). Je m’imagine comment vont Anastasia et Stanis. Combien cela m’a fait mal qu’ils me prennent leurs dessins. Le poème d’Anastasia disait « par un tour du sort, par un tour de magie ou par un tour de Dieu, en trois années ou trois jours, tu seras de retour parmi nous ». Le dessin de Stanis était un sauvetage en hélicoptère, moi endormie et lui en sauveur.

Mamita, il y a tant de personnes que je veux remercier de se souvenir de nous, de ne pas nous avoir abandonné. Pendant longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissaient le bal. Nous, les séquestrés, ne sommes pas une thème « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu’il faut être fort face à la guérilla même s’il faut sacrifier des vies humaines. Face à cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n’est pas le fruit de la richesse en terres, matières premières, etc, mais plutôt le fruit de la grandeur d’âme des leaders qui ont modelé la Nation. Quand Lincoln a défendu le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs en Amérique, il a aussi affronté beaucoup de Floridas et Praderas [municipalités demandées par les FARC pour la zone démilitarisée]. Beaucoup d’intérêts économiques et politiques qui considéraient être supérieurs à la vie et à la liberté d’une poignée de noirs. Mais Lincoln a gagné et il reste imprimé sur le collectif de cette nation, la priorité de la vie de l’être humain sur quelque autre type d’intérêt.

En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j’aspire à ce qu’un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous ne serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c’est-à-dire, quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les cœurs. Mais les cœurs se sont endurcis et pèsent tant qu’ils ne nous permettent pas des sentiments élevés.

Mais il y a beaucoup de personnes que je voudrais remercier car ils ont contribué à réveiller les esprits et à faire grandir la Colombie. Je ne peux pas tous les mentionner [elle cite alors l’ex président Lopez et « en général, tous les ex présidents libéraux », Hernan Echevarria, les familles des députés du Valle, Monseigneur Castro et le Père Echeverri].

Mamita, hélas, ils viennent demander les lettres. Je ne vais pas pouvoir écrire tout ce que je veux. A Piedad et à Chavez, toute, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur cœur, que je sais grand et valeureux. [elle dédie alors un paragraphe de remerciements à Chavez, Alvaro Leyva, Lucho Garzon [ancien maire de Bogota] et Gustavo Petro, puis mentionne des journalistes]. Mon cœur appartient aussi à la France (…). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s’est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenu et consolé.

Je ne pourrais pas croire qu’il est possible de se libérer un jour d’ici, si je ne connaissais pas l’histoire de la France et de son peuple. J’ai demandé à Dieu qu’il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts. (...) Je sais que ce que nous vivons est plein d’inconnues, mais l’histoire a ses temps propres de maturation et le président Sarkozy est sur le Méridien de l’Histoire. Avec le président Chavez, le président Bush et la solidarité de tout le continent, nous pourrions assister à un miracle.

Durant plusieurs années, j’ai pensé que tant que j’étais vivante, tant que je continuerai à respirer, je dois continuer à héberger l’espoir. Je n’ai plus les mêmes forces, cela m’est très difficile de continuer à croire, mais je voudrais qu’ils ressentent que ce qu’ils ont faire pour nous, fait la différence. Nous nous sommes sentis des êtres humains (...).

Mamita, j’aurais plus de choses à dire. T’expliquer que cela fait longtemps que je n’ai pas de nouvelles de Clara et de son bébé (…). Bon, Mamita, que Dieu nous vienne en aide, nous guide, nous donne la patience et nous recouvre. Pour toujours et à jamais.

Propos sélectionnés et traduits par le Comité de soutien à Ingrid Betancourt.

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06 décembre 2007

Familles recomposées

En tombant sur M6 hier soir: une petite fille qui pleure sur un canapé, parce que son beau père refuse qu'elle l'appelle "papa", refuse de lui faire des calins, de lui donner de l'affection. Ce même homme est pourtant tendre avec ces propres enfants.

Existe t'il donc des gens qui ont un quota d'amour à distribuer, comment cet homme peut rester indifférent au besoin d'amour d'une petite fille? Oui je sais, je ne suis personne pour juger, et en plus je ferais mieux de préparer mon inspection. Mais là je suis un peu scochée.

Posté par Manu_0210 à 03:30 - L'air du temps - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 novembre 2007

50 Euros

C'est quand même:

*Une paire de chaussures à San*übergirl*Marina

*Un vêtement sympa (voir deux ou trois chez Pim*greluche*kie ou Za*fashionitas*ra)

*Un restau avec mon Lui (bon pas un trois étoiles Michelin non plus)

*Un plein d'essence

*Une saison de Desperate

*Six cinés

*Deux places pour une pièce de théâtre

*Une jolie chemise pour Lui (encore que, selon la marque choisie ça peut faire 1/2 chemise voire 1/4)

*Deux livres (plus en poche, moins si c'est des beaux livres d'art)

*Un baptême de plongée dans la réserve Cousteau

*Deux aller/retour pour les Saintes

Un journée de grêve ça n'a pas de prix, pour le reste il y a ma carte bleue!

(Encore pardon aux syndicats)

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24 octobre 2007

Fait divers

Il pleut

J’ai toujours préféré la pluie pour les enterrements. Un soleil frondeur, non.

Quand tu es arrivée dans cette boite. Je me suis dis que tu ne pouvais pas être là-dedans. Que tu étais trop immense pour rentrer là-dedans. Tes longues tresses noires et aubergine, tes formes plantureuses, ton mètre quatre-vingt ? Tout ça dans une si petite boite ? Et puis il y a eu les plus jamais. Plus jamais ton sourire le matin, plus jamais de discussions sur les élèves. Je repense à ton sourire qui éclatait sur ton visage. La personne qui te connaissait vraiment, et qui a fait ton éloge funèbre a dit « Belle, courageuse, engagée, intelligente, tu incarnais la femme guadeloupéenne, souriante » J’aurais ajouté lumineuse.

Comme je ne peux pas dire ton nom, ici je t’appellerais Eva, ça veut dire « vie » en Hébreu. Je me demande comment c’est possible, comment on a pu discuter avec toi au collège vendredi, et puis apprendre lundi que tu t’étais suicidée la veille, après être allée à l’église. Comment as-tu pu nous parler de tous ces projets que tu avais avec les élèves. Comment tu pouvais sourire autant, et puis boire comme ça de l’ammoniaque et mourir. On t’as retrouvée dans ta voiture, sans vie. Au collège on nous a réunis, tous à 11 heures, laissant les élèves seuls en classe et on nous a annoncé ta mort. J’ai appris ensuite que certains d’entre nous t’on vue dimanche dernier à la messe avant que tu ne commettes l’irréparable. Que tu as vu le prêtre. Que tu devais te marier en Novembre. Et puis par d’autres personnes, j’ai appris que tes comptes en banque ont été vidé. Celle qui fait ton éloge parle encore, et dit que tu emportes un lourd secret avec toi.

Voilà, la cérémonie est finie, les élèves du collège précèdent ton cercueil portant des dizaines de bouquets de fleurs et je me dis que ce n’est pas possible Eva, que décidément tu ne peux pas être dans cette boite, parce qu’elle est bien trop petite pour toi.

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18 octobre 2007

Election présidentielle

Moi, je serai jamais canditade à la présidence de la république, c'est vraiment un coup à divorcer dans l'année qui suit ça!

Posté par Manu_0210 à 19:41 - L'air du temps - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mai 2007

Barbec, Election, et mon coeur fait pfuiiiii (ou Boum)

Une journée bien speed, comme je les aime.

Lever 9 heures (oui quand même c'est dimanche). Pas le temps d'aller aux urnes, j'irais cet aprem, bon, alors, ranger la maison, vider les vieux trucs dans le frigo pour faire de la place et aller dans la ville à coté acheter un bouquet de fleurs pour notre tutrice d'iuphme, tous les stagiaires se sont cotisés. Retour à la casa, plus de pluie, mais du mistral, tant pis, il ne fait pas froid, on peut se mettre dehors pour le barbec des stagiaires.

Il est déjà 11 heures et demi, et le gâteau au chocolat que j'ai fait la veille étant trop cuit, je me lance dans un deuxième, espérons que cette fois ci le four ne fasse pas des siennes.

Midi , le gâteau est dans le four, la terrasse est balayée, Yo arrive pour filer un coup de main, on sort des tables, des chaises, le barbuc est sorti de sa remise ainsi que le charbon, le papier, tout ce qui faut quoi.

Midi et demi, les premiers invités arrivent, comme mon mail avec le plan pour arriver chez moi n'est pas parvenu à tout le monde je dois descendre au village chercher les invités, c'est notre tutrice la première arrivée. Et puis les stagiaires arrivent au fur et à mesure. Fréro est là aussi, et bien entendu, my super PiCiPi et sa petite famille qui ne pouvaient pas manquer à l'appel. Les enfants de my super PiCiPi me rappellent que l'an prochain je peux compter sur eux pour venir en Gwada me voir. Je sais qu'ils viendront, c'est sûr et ça me fait super plaisir.

Une heure 30, c'est bon, tout le monde est là, Manu, tu les mets où les couverts? Manu, un saladier, Manu, t'as encore des chaises, Manu, les serviettes en papier? Manu, on peut t'aider? Manu, les toilettes? heu, pas tous en même temps les gars, oui je veux bien déléguer, mais expliquer où se trouvent les choses me prend presque plus de temps que chercher moi même. Je perd mon cocktail 100 fois, je le retrouve toujours.

Les gars s'occupent du feu, ouf, merci les gars, enfin, je me pose, et je délègue. Notre tutrice Iuphme exige qu'on l'appelle par son prénom, et qu'on la vouvoie. "Et oh les gars, je suis pas si vieille!". Nous on a du mal, mais on attendait que ça, parce que depuis septembre le courant passe si bien, que forcément, parfois, ça nous a échappé, un TU.

Deux heures, la viande est cuite, et la mayonnaise prend, tout le monde discute, my super PiCiPi et sa moitié son assis à coté de Jo. et son mari mexicain "ah bon, Jo? tu pars en Guadeloupe comme Manu, mais c'est génial". Ils ont le même âge, Jo a été prof de Fle comme Claude, on échange, on charrie, on pousse doucement jusqu'au dessert et au café, pas de digestif, j'ai oublié de les sortir, mais beaucoup conduisent, et on a déjà pas mal attaqué. Ah oui, entre la poire et le fromage, je suis allée voter. On offre à notre tutrice un superbe bouquet, et un grand Merci, merci pour les cours, merci pour les bons conseils, merci pour l'oreille attentive, merci pour les mails, les coups de fils, merci pour l'humanité, merci pour ces jeudis de formation où on avait le champs libre pour échanger, pour s'aider, se rassurer. (Un jour, je serai formatrice ou PiCiPi, mais faut passer le relais, j'ai voulu être prof parce que j'ai eu des profs qui m'ont beaucoup apporté, on reste dans la même logique)

Cinq heures, et un jeu de société, on s'assoie confortablement dans l'herbe, on rit.

Sept heures, bon, il fait frais, on continue dedans? Et si on rangeait un peu d'abord? Branle-bas de combat: lave vaisselle en route, tupperware lavés, on remet les meubles en place.

Tout le monde à l'oeuvre, en une heure c'est bouclé, jusqu'au compte à rebours. Tous devant la télé. Que des profs, tendance plutôt gauche, vous vous en doutez, c'est pas qu'on a signé un contrat nous obligeant à voter gauche en entrant dans l'EN, mais on vote pour celui qui nous filera à bouffer,normal, chacun pour sa peau. On vote aussi pour un monde qu'on veut plus juste, pour celui dont on pense qu'il sera plus humaniste. Déception bien sûr, donc, forcément, vous vous en doutez. Mais on a fait notre devoir, on est tous allés au urnes, alors pas de culpabilité de notre part. On part petit à petit, pas certains de se revoir, en juin on organisera une sortie calanques, un apéro aussi un soir, pour l'autre tutrice Iuphme qui n'a pas pu venir aujourd'hui. On va glisser tranquillement jusqu'à juin. On va faire d'autres barbecs, d'autres jeux de société, se perdre de vue, se retrouver pour certains.

On est devenus profs. On va changer de voie, on va avoir des enfants un jour, ou pas, on va arrêter, on va reprendre, on va tenter l'agreg, on va commencer psycho, ou socio, on va faire un doctorat, on va avoir des heures en fac, oui dans le groupe, il y aura tout ça, la vie quoi.

Il y aura d'autres élections, et toujours, on repensera à cette soirée électorale là, à ce groupe qui se connaissait si bien, qui s'appréciait tant malgré toutes les divergences, alors même si on ne se voit plus, on ne s'oubliera pas.

Et puis les invités sont partis. Et puis mon amant m'a appelé. Mon amant, ma relation d'amitié sexuelle, mon fucking friend, mon copain, je sais pas trop. Je pense pas, je veux pas savoir. Je sais juste qu'hier on a passé la nuit et la journée dans les bras l'un de l'autre, savourant le contact de nos peaux, qu'on arrivait pas à se décoller, trop émerveillés par la perfection de nos sensations de plaisir, douceur, tendresse.

Posté par Manu_0210 à 00:33 - L'air du temps - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 mars 2007

Mélancolie

Malgré les petits bonheurs, malgré les fraises et les asperges, en ce moment je suis triste. C'est peut être les hormones, c'est peut être qu'au printemps je suis toujours un peu fatiguée.

J'angoisse pour les mutation intra académiques. J'ai pas envie d'être dans une dépendance, parce que déjà que je pars seule à l'autre bout du monde, si en plus je me retrouve sur une petite île paumée sans cinéma, sans magasins je crois que je vais un peu déprimer. Mais j'ai pas non plus envie d'être TZR (remplaçante pour les non initiés au langage Educ Nat) parce que changer tout le temps de classe, d'établissement, de niveau, de collègues, je ne sais pas si j'y arriverais.

Et puis, je vais encore vous sâouler avec ça, mais j'ai peur de la solitude. J'espère secrètement que là-bas je tomberai amoureuse, si possible de quelqu'un qui m'aimera aussi. J'ai plus envie de papilloner, d'ailleurs je ne le fait pas, j'ai envie de partager avec quelqu'un. Etre à deux moi ça me booste, j'ai envie de me bouger pour organiser des trucs, et là, depuis la rupture avec Jeune Homme timide ben je suis toute flagada. Je me raccroche à mes petits bonheurs, mais ce matin, je me suis levée avec ce voile de mélancolie poisseuse, qui me colle au corps, qui m'étouffe un peu.

Certains de ceux qui me lisent disent qu'ils sont sûrs que je ne finirai pas seule (dévorée par mes bergers allemands, parce que bon, de toute façon j'aurais jamais de berger allemand), et je me demande ce qui vous permet de dire ça. Comment pouvez vous savoir? Depuis la rupture avec B. il y a 3 ans maintenant je n'ai fait que de l'"interim", des histoires qui ont duré au grand maximum deux mois. Vous ne savez même pas à quoi je peux bien ressembler (bon d'accord après tout le physique n'est pas déterminant). Et si je ne le rencontrai pas celui qui me fera vibrer, et si je ne ressentai plus jamais ça, quand ça vous prends aux tripes, quand ça vous emporte, quand on perd le souffle et le sommeil, quand on a envie de se dire des mots doux.

Depuis quelques jours, avec C., une collègue du collège, on cherche les adresses des blogs de nos élèves, c'est très facile, il suffit de taper le nom du village où se trouve l'établissement sur skyblog. Ce qui m'a frappée, c'est à quel point les garçons sont différents à cet âge là. Ils sont entiers, écrivent des poèmes, clament leur amour haut et fort sur leur blogs, n'ont pas peur des sentiments. C'est à quel moment au juste que les hommes deviennent faux, qu'ils ont peur d'aimer, de s'engager, d'avoir des enfants, qu'ils ne veulent plus vous embrasser dans la rue parce que ça les mets mal à l'aise. C'est à quel moment qu'ils jouent avec vos nerfs, veulent coucher avec vous mais n'envisagent pas une vrai relation?

Si seulement je pouvais définitivement effacer la midinette qui est en moi et qui rêve de vivre dans un conte de fée... Si seulement je pouvais être plus dure, me blinder un peu plus, par moment j'ai l'impression d'y arriver pourtant.

Posté par Manu_0210 à 11:28 - L'air du temps - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2007

Ca sent le printemps

          C'est le soir, il est sept heures, et, comble du bonheur, grâce au changement à l'heure d'été, on a gagné du jour au lendemain une heure de clarté. Le jardin est si doux, si paisible... J'ai une soudaine envie de fumer, ce qui est étonnant car je ne fume pas, je n'ai jamais commencé. Mais ce soir j'ai envie de fumer une cigarette de film. Vous savez, celles de Dietrich, de Gene Tierney, de Borgart. Les cigarettes sexy, glamour d'Hollywood, pas celles qui piquent la gorge et les yeux, et sentent mauvais non... J'ai envie d'une de ces sèches de cowboy, le soir, au coin du feu, au son d'une guitare, d'une de ces cigarettes fumées la nuit en se balançant sur un rocking chair, devant une de ces grandes maisons blanches du sud des Etats-Unis.

             Seulement je ne fume pas et je n'aime pas fumer, alors je mordille un brin d'herbe, allongée sur la pelouse. Une coccinelle se promène sur mon doigt, et une fourmi me chatouille le mollet. J'observe, les jonquilles sont sorties de terre, le cerisier a fleuri, l'herbe pousse, partout le printemps montre le bout de son nez. Et savoir qu'il est là, que ma période préférée de l'année arrive m'emplit de joie et de sérénité.          

             L'hiver j'hiberne, je bougonne; l'hiver c'est un mal nécessaire, heureusement coupé pas Noël. Mais le printemps et l'été... On sort de son caban-chrysalide, on laisse sa parka-mue, pour devenir papillon, déployer robes, jupes, corsages, et ressortir avec un plaisir indicible ses sandales à talon, ses ballerines, un bracelet de cheville... La douleur cuisante de la cire est presque une caresse à l'idée de laisser à l'air, à l'herbe, au vent, au sable ses jambes nues. On grave dans sa mémoire ce moment parfait. On lui cherche une musique pour l'habiller un peu. Pourquoi pas Végétale d'Emilie Simon? Clic

Posté par Manu_0210 à 23:16 - L'air du temps - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 janvier 2007

Au revoir l'Abbé

L_abb_Je suis rentrée tard du collège, j'ai assisté à un CA pour faire voter notre voyage en Espagne. Et puis en rentrant, les infos, et j'apprends la mort de l'Abbé Pierre. Ça m'a fait une drôle de sensation. J'avais beau savoir qu'il était âgé, que son heure viendrait un jour et bien, ça m'a fait quelque chose, un choc, l'impression de perdre un vieil oncle qu'on ne voyait pas souvent mais qu'on aimait bien.

J'admire son engagement, son combat désintéressé. Dans les siècles à venir, est-ce-qu'il y en aura des Abbé Pierre, des soeur Emmanuelle ou Thérésa, des médecins sans frontières?

Posté par Manu_0210 à 22:31 - L'air du temps - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 janvier 2007

Bonne année 2007

Depuis quelques jours je reçois une floppée de mails et de textos disant en substance : « je vous souhaite à tous une bonne année 2007 ». Des messages collectifs. Je réponds individuellement, « je te souhaite cette réussite tant attendue au concours », « je te souhaite de trouver l’appartement de tes rêves »,  « j’espère que vos projets de paternité se concrétiserons cette année », « je te souhaite de rencontrer l'amour. »

J’aurais aimé trouver dans mes mails un :

« Chère Manu, j’espère qu’en 2007 tu écriras un mémoire professionnel qui déchire sa mère et qui te permette d’être titularisée, que toutes les visites se passerons bien, qu’avec les élèves ça ira chaque fois mieux, je te souhaite de te faire piquer par le virus du BO qui te transforme en SUPERProf, je te souhaite d’obtenir ta mut en Guadeloupe, où dans un autre endroit qui ne te déplaise pas trop, je te souhaite de rencontrer l’homme qui fera vibrer ton cœur _et ton corps aussi d’ailleurs_ et qui vibrera aussi pour toi (d’ailleurs, si je pouvais le rencontrer en Guadeloupe, et pas la veille de mon départ là-bas, ça m’arrangerais), je te souhaite de perdre les 10 kilos que tu veux perdre afin d’entrer dans une taille 38, je te souhaite de trouver l’argent nécessaire pour une remplacer chirurgical/esthétiquement la patate qui te sert d’appendice nasal par un joli petit nez, je te souhaite d’être heureuse, en bonne santé (oui parce que comme dirait _à raison, je l’ai malheureusement appris l’année dernière_ ma grand-mère, tant qu’on a la santé hein…), et j’espère qu’en 2007 on pourra se voir souvent et partager de beaux moments. » Voilà, je préfère recevoir ça… plutôt que ça :

Je vous souhaite une très très bonne année !

Que 2007 vous apporte du bonheur, plus que vous n’en attendez,

Que vos projets se concrétisent, et que d’autres naissent,

Que la santé soit présente, au point de n’y pas penser,

Que la musique est bonne… bonne, bonne, bonne.

Bises. Sylvain.

(oui il revient dans mes post ce Sylvain mais ça fait toujours ça quand je le revois, dans quelques jours ça va se calmer).

Alors pour ne plus employer ce vouvoiement collectif : Je TE souhaite LECTEUR, une merveilleuse année 2007, du bonheur, des enfants si TU en veux, la pilule sans effets secondaire si T’en veux pas, l’appart de TES rêves, le boulot qui va avec, mais surtout, plus que tout, de l’Amour. (et la plénitude sexuelle, c’est vrai ça personne ne le souhaite, et pourtant c’est super important, non ? LECTEUR, en 2007 fait l’amour, aie du plaisir, donnes en, prends ton pied, aie des orgasmes multiples, bref, éclates toi).

(En fait, mon insurrection contre le vouvoiement dans les vœux de début d’année s’applique aux mails des amis, pas vraiment aux souhaits de bonne année des blogs.)

Posté par Manu_0210 à 01:20 - L'air du temps - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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