Proxima estación Esperanza

Vie professionnelle et sentimentale ou vie tout court d'une prof aux Antilles

02 septembre 2008

Rentrée

Retour de métropole dimanche aprèm_ stop_ Rentrée bien passée_ stop _ emploi du temps similaire à celui de l'an dernier: pas cours l'aprem, cours tous les matin avec souvent une heure de trou dans la matinée, genre 4 fois sur 5...(principale adjointe j'te pisse à la raie!). Nommée prof coordonateur sans m'avoir demandé mon avis ( principale t'es qu'une truie puante, excusez moi, mon syndrome de Tourette me reprend)_ stop_ 3 classes de 3ème alors que j'en voulais que deux (bah ça encore...) mais au milieu de tout ça, j'ai la 4ème chouchou, qui devient cette année la 3ème chouchou, enfin c'est la crème de la crème des 4ème chouchou, mélangé à la crème de la crème d'une autre classe que je n'avais pas l'an dernier (on va voir ce que ça donne) _ stop encore sous le coup du décalage horaire, me réveille à 5 heures du mat alors que cette semaine je pourrais dormir jusqu'à 7 heures!_ stooooop

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22 avril 2008

Révolte

Parfois je pense qu’on devrait faire stériliser certains parents.

Voilà, c’est dit. Par exemple, quand je suis dans le train, en train d’écouter de la musique, et qu’un charmant bambin avec du gâteau prémâché dans la main hurle sans raison apparente dans tout le couloir en collant sa main immonde sur les passagers, et que sa maman lui dit « allez mon choupinet d’amour, soit sage, tu n’es pas très gentil… »

Ou alors quand en sortie cinéma je demande poliment aux élèves « vous voulez bien vous ranger sur un seul rang s’il vous plait, vous bloquez tout le trottoir », et qu’on me répond « non je suis bien là, je ne bouge pas ! ». Dieu soit loué c’est des troisièmes, et avec un peu de chance on ne devrait pas les revoir l’an prochain.

A la réflexion, après deux heures d’un film assez difficile, beau mais plombant (Mon ami Machuca) qui parle de tolérance, de différence, d’amitié pendant lesquelles les fameux 3ème n’ont cessé de changer de place, regarder des vidéos sur leurs portable, parler à voix haute… je me demande si vu leur langage et leurs hormones en ébullition on ne devrait pas les faire stériliser aussi… Au risque de choquer, c’est mon avis, et je le partage !

C’est terrible à dire, mais je suis encore assez naïve pour croire au retour de bâton. Je me dis que tous ces gens qui ont oublié les notions de respect, d’entraide finiront un jour par le regretter amèrement.

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28 janvier 2008

Rencontres du 4ème type

_ Hep madame ?

_ Oui Cassy ?

_  je vous ai vue hier à Carrouf !

_ ah bon ? (Putain d’ bordel, j’étais habillée comment hier ? Meeeeeeerde, j’avais un vieux tee-shirt informe et un pantalon méga large, la version moins pire du jogging en gros…) tu m’as vue où ?

_ Ben vous choisissiez un dentifrice.

_ Ah oui, ben oui je me brosse les dents tous les jours (putain mais pourquoi j’ai dit ça moi ?), et tu m’as pas dit bonjour ? T’aurais du ? (mon Dieu heureusement qu’elle ne m’a pas approchée, heureusement qu’elle ne m’a pas vue au rayon des petits culottes, heureusement que c’était pas il y a une heure à la pharmacie alors que j’achetais un traitement contre les mycoses. C’est certain ! Dieu existe !)

C’est marrant, enfin, façon de parler, mais je ne croise jamais mes élèves quand je suis à mon avantage. Je les croise soit quand j’ai une robe beaucoup trop sexy pour qu’elle soit vue par des individus qui ne me voient qu’en tenue de prof, soit quand je suis habillée comme un sac.

Et allez comprendre pourquoi, jamais quand je suis au bras d’un super beau garçon ! Non quand mes élèves me voient je suis au mieux avec ma mère ou seule, comme ça j’ai toujours l’air d’une pauvre fille !

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24 janvier 2008

Les réunions et autres stages

Attention, post passablement long comme on les aime, je m'excuse d'avance (je sais quand on dit je m'excuse c'est pas poli, on doit demander des excuses, mais moi je ne m'en voulais pas beaucoup à la base, alors je me suis excusée toute seule), en même temps si vous n'aimez pas allez voir sur skyblog, y'a que des images, c'est plus facile.

Demain j’ai une réunion.

Une réunion avec mon IPR, et d’autres profs de langue ibérique comme moi.

Bon, alors moi, cette réunion, pour tout vous dire, ça me fait bien chier.

D’abord parce que d’hab, je bosse jamais le vendredi après-midi, (je sais que je vais pas me faire trop d’amis en disant ça, mais tant pis, j’assume, d’autant plus que je me lève à 5h30 tous les matins, alors bon, j’ai bien droit à une petite compensation. A vrai dire, je ne bosse pas non plus le lundi, mardi, mercredi et jeudi après-midi, mais si je vous disais ça, là vraiment vous me détesteriez, et c’est franchement pas le but.) Je bosse jamais le vendredi aprem disais-je donc, avant d’être grossièrement interrompue par moi-même, et je trouve toujours un truc à faire, et en plus un truc beaucoup plus sympa qu’aller me faire chier à une réunion avec mon IRP (en plus c’te pute elle vient jamais, et franchement je la comprends, y’a quand même mieux à faire un vendredi aprem).

Par exemple, je me fais les ongles, je m’épile, je regarde des épisodes de Nip Tuck, je fais des lessives, je passe un coup d’aspi ? oh puis non, demain plutôt, je bouquine, je joue au Sims, je lis… Bon des fois, j’avoue, c’est pas bien, mais des fois aussi je corrige des copies et je prépare les cours de la semaine suivante.

Moi j’aime pas trop ça les réunions avec mes supérieurs.

D’abord en général ça se passe soit à l’iuphme, soit dans un autre collège, alors passer mon vendredi aprem censé être libre dans un collège alors que j’ai tant peiné à quitter le mien ça m’emmerde passablement, ensuite, parce que franchement, ils pourraient faire des réunions dans des lieux un peu plus glamour. Je sais pas moi, mais quand on doit faire une interview à une star hollywoodienne on la fait pas dans des studios de tournages ? Enfin pas souvent, non eux ils ont droit au Carlton, au Georges V, et nous on se retrouve dans un collège qui prend l’eau, avec des formateurs dépités : « ah tient, les prises ne marchent pas dans cette salle, c’est dommage, on avait préparé un super power point, quel dommage ! Bien commençons notre réunion sur l’importance de l’oralité dans l’enseignement des langues. »

Ensuite j’aime pas trop, parce que j’aime pas tellement tellement les profs. Entre la baba cool qui vient de s’en fumer un à l’interclasse et qui n’a pas l’air trop en phase avec ses propres yeux et la vieille près de la retraite qui était censée s’occuper de ses petits enfants et qui se retrouve là, alors que la prochaine réforme de l’Educnat elle s’en fout comme de l’an 40 parce que tu ne le feras pas sortir de la méthode qu’elle a appris à l’iuphme (qui à l’époque ne s’appelait même pas l’iuphme mais l’école normale) il y a  de ça 39 ans je peine à trouver ma place.

Il y a également la super zélée, alors celle à je la déteste encore plus que toutes les autres, en général elle parle comme ça :

« ouiiiii, nous, à Ronsard (oui en général elles sont toujours dans un établissement qui s’appelle Ronsard celles-là, ou à Senghor), nous avons mis en place une pratique de l’évaluation basée sur le cadre européen, les groupes-classe ont tous en main des grilles d’évaluations qui leur permettent à chaque instant de savoir exactement où ils en sont de l’apprentissage de la langue cible… »

Ca c’est des fois que les gamins, un samedi soir à 11 heures avant de partir en boite ils se disent : « merde, faut que je me remette en question, où j’en suis de l’apprentissage de l’espagnol ?" Alors compréhension de l’oral : je peux comprendre une invitation d’une hispanophone native à la rejoindre danser la tectonique sur la piste, expression orale en interaction : je suis capable de proposer à ladite personne de me suivre jusqu’à la caisse de mon pote qui m’a prêté les clefs pour avoir avec elle un échange linguistique intense, compréhension de l’écrit, je suis capable de vérifier que la date de validité de la capote que m'a filé la meuf, c'est quoi d'ailleurs cette marque même pas de chez nous est toujours bonne, expression écrite : alors que je l’ai laissée dans le fossé en train de vomir ses tripes, je suis capable de lui glisser un petit mot dans son sac à main Pucca :  Todo fue demasiado rápido, te propongo que quedemos buenos amigos, siempre estarás en mi corazón, pero aun no me siento capaz de tener una relación estable, mi mama quiere que me saque primero el bachillerato, et pour finir expression orale en continu : Je suis capable d’expliquer au grand frère de la native rencontrée précédement que non je n’ai pas vu sa sœur depuis plus d’une heure, moi je suis sorti avec elle tout à l’heure ? Non pas du tout, tu dois faire une erreur…

Pendant que je suis en train d’imaginer tout ça la pétasse de Ronsard qui est en Lycée, oui, parce qu’il y a plus de pétasses zélées en lycée qu’en collège continue sa dysenterie verbale et est en train de nous expliquer que les élèves qu’ils reçoivent sont désespérément débiles. En fait elle dit plutôt : « ouiiiii, alors nous avons constaté lors des évaluations des élèves de secondes qu’ils sont incapables de conjuguer un verbe au présent de l’indicatif, d’écrire un paragraphe court, et blablabla, c’est à se demander ce qu’ils ont fait au collège ! » Ben voyons connasse, on leur donnait des cours de strip-tease ! On s’est dit que ça leur serait beaucoup plus utile pour entrer dans la Star Ac !

Sinon il y a la mère de famille qui sort toute les cinq minutes pour téléphoner à la nounou du petit dernier, parce que ce matin tu comprends quand je suis partie il avait 37 et demi, alors je suis inquiète, parce que la semaine dernière il a déjà eu un rhume… (je suis désolée pour la mère de famille, et j’ai pas trop le droit de me moquer d’elle, parce que dans quelques années ce sera peut être moi).

J’aime beaucoup aussi la syndicaliste. Celle là tu la repères au premier coup d’œil, elle rentre en disant que c’est scandaleux que sa chef d’établissement lui ait demandé de remplacer les heures quelle ratait cet après midi en venant à la réunion, et comment ça on ne nous paiera pas les frais de déplacement ? De toute façon tout est un problème de moyen, avec 30 élèves par classes la nouvelle réforme est inapplicable, et puis ce qu’il faut c’est faire passer les profs à 15 heures de cours comme pour les agrégés, afin de pouvoir offrir un service de qualité aux citoyens de demain.

Dans les réunions, ou les stages, il y a aussi les formateurs, les formateurs, c’est souvent des branleurs de profs qui ont réussit à se mettre au vert à l’iuphme, mais qui essayent de te faire croire que la pédagogie c’est leur dada à fond, et qu’ils n’ont pas tout fait pour échapper aux ados rebelles :

« Bonjour et bienvenus à ce stage intitulé Vers un enseignement différencié de l’espagnol, si si c’est possible, même avec 30 élèves dans la classe dont un autiste et deux hyperactifs, alors tout d’abord nous tenons à vous préciser que bien que nous n’exercions plus depuis maintenant quelques années, vous devez avant tout nous considérer comme des collègues, nous sommes là pour vous épauler, pour vous donner des pistes de réflexions, nous n’avons pas la science infuse (même si nous avons suffisamment léché les bottes de l’IPR pour le faire croire).

Parfois ils te disent qu’ils sont encore en activité (c'est-à-dire qu’ils ont une décharge et ils font 6 heures en établissement par semaine), et parfois ils sont vraiment en activité, et ils t’avouent qu’ils ont les mêmes galères que toi avec les élèves, et là ça te soulage un peu de savoir que t’es pas seule dans la sphère sidérale intergalactique de l’Educnat.

En général, tu blablates pendant 3 heures ou plus, et au final tu ressors avec une séquence (une séquence, pour les branleurs du privés, et pour les fainéasses de fonctionnaires qui sont même pas dans l’Educnat, c’est « un ensemble de séances pédagogiques, articulées de manière cohérente, formant une unité propre et visant l’atteinte d’un objectif pédagogique général », et après on se demande pourquoi les profs sont à moitié fous !) vaguement préparée, tu te dis, "ah non mais ça c’est top, je vais la reprendre un peu, ajouter des barèmes pour évaluer afin de pouvoir l’exploiter". Et en rentrant chez toi, tu te rends compte qu’en fait ton fœtus n’est pas viable, parce qu’il faudrait que t’ai une salle informatique avec 30 postes alors qu’il y en a 10 opérationnels, ou une télé avec lecteur dvd, ou un ordinateur et un vidéoprojecteur, ou des élèves avec un QI…

Donc demain, y’a réunion… On va encore nous raconter des conneries qu’on va faire semblant de croire et on va s’habituer à travailler avec la nouvelle réforme en attendant qu’ils nous sortent la suivante !

PS: La direction du blog nie toute implication dans ce post. La ressemblance avec des personnes ayant existé, du genre la pétasse de Ronsard, ne serait que pure coïcidence.

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13 janvier 2008

Angoisse

Je dors mal la nuit. Je pars au travail avec une boule dans le ventre. Dans la voiture j'écoute France Inter, le fou du roi me redonne un peu le sourire, mais parfois ça ne suffit pas, et dans les embouteillages des larmes silencieuses coulent sur mes joues. Je suis juste comme avant les vacances, comme si elles n'avaient jamais eu lieu. Fragilisée, à bout. Marre de ma 4ème de débiles, marre de ma 3ème mous du genou, marre de ma 3ème de pétasses et faux bad boys en nike à 200 euros. Marre de ces élèves qui foutent rien, ne veulent rien faire, qui sortiront du système scolaire sans aucun diplôme, victime de l'éducation laxiste des parents, et de profs comme moi qui baissent les bras.

Je culpabilise de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir transmettre ma passion d'apprendre. Seulement un an d'enseignement, et je suis déjà pleine de désillusions. Pas toute une carrière comme ça non. Mais quoi à la place? Qu'est ce que je suis capable de faire? Je n'aime pas non plus le monde de l'entreprise ou l'individu disparaît dans la masse du profit. Et puis ces copies, tout le temps. Sans mes 4ème chouchou je craquerais. Mais ils sont là, avec leurs sourire, leur envie d'apprendre, les saynètes qu'ils jouent en classe avec autant de plaisir.

Cette semaine, en plein contrôle une bimbo de 3ème a passé l'heure à me regarder en souriant, moqueuse je crois. Comme je dois être fragile pour être destabilisée par les moqueries d'une gamine de 15 ans. Rentrée chez moi je relativise. Mon avenir est tracé mais le sien?

J'ai fait un stage vendredi. Un petit coup de boost de la hiérarchie pour nous montrer comment travailler selon les nouvelles directives. Je me replonge dans le travail. Il faut mettre les élèves en activité... Ouhais, ben je vais essayer...

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10 décembre 2007

Inspection plantée

C'est aussi simple que ça. J'ai été nulle.

Pour commencer j'étais tétanisée par la peur et le stress, je n'arrivais pas à être naturelle, j'étais tellement bloquée que je n'arrivais pas à donner à mes élèves les outils pour communiquer et avancer, bilan, j'ai eu une classe à deux de tension, mais au moins ils n'ont pas bavardé, ils ont fait de leur mieux. Il faut que j'aille leur acheter des bonbecs pour les remercier de s'être si bien tenu.

Les reproches que m'a fait l'inspectrice je les ai mérités mille fois. J'ai tellement préparé tout ce qu'il y avait autour de l'inspection (c'est elle qui m'avait demandé de le faire par courrier: fiche de projet pédagogique annuel, fiche de progression annuelle, présentation de la séquence, présentation de la classe, divers projets au sein de l'établissement...) que finalement, ma séance je ne l'ai pas assez bien préparée je crois. Et c'est pour ça que dans le stress je n'ai pas su trouver les stratégies pour aider les élèves.

Je m'en veux énormément de ne pas avoir été à la hauteur. Je me deçois moi même, et ça ne m'était pas arrivé depuis un moment. C'est dur de passer de stagiaire modèle à l'iuphme à la pitoyable démonstration que j'ai fait ce matin.

Enfin bref, c'est fini. Je suis tranquille pour le reste de l'année. Je redemanderais à être inspectée dans deux ans (je me laisse un répit l'année prochaine, et puis le temps de progresser peut être aussi). Le malaise et la culpabilité s'estomperont dans quelques jours.

Pour finir, elle n'a pas vraiment cité de point positifs, mais elle ne m'a rien reproché sur le choix des documents, ni sur ma progression, ni sur ma tenue du cahier de texte, ni sur le manque d'utilisation de la langue cible en classe, donc je suppose que c'est pas trop mal, elle m'a surtout donné des conseils pour rendre mes élèves plus actif, et m'a montré comment j'aurais pu/du conduire ma séquence pour que ce soit plus efficace.

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03 décembre 2007

Inspection

Je m'apprête à passer la pire semaine de l'année: c'est la semaine des conseils, et lundi prochain à 8 heures je serai une néo-titulaire néo-inspectée.

Ce sera avec ma 3ème Découverte Professionnelle, une classe sympa mais super faible et qui n'apprend pas ces leçons.

Voilà, souhaitez moi bon courage, et à dans une semaine si je suis toujours vivante.

Manu (qui va vers l'abattoir)

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19 novembre 2007

J'ai honte

J'ai honte, mais je vais quand même vous dire ce que j'ai pensé la semaine dernière quand j'ai appris qu'il y avait grève demain, pas de langue de bois entre nous. J'ai pensé

* Moins 50 euros sur le salaire pour une journée de grève ça me fait bien chier.

* En plus le Mardi j'ai que trois heures de cours, moins 50 euros alors que je dois juste aller faire trois heures? Non c'est pas rentable.

* Et puis sur trois classe j'ai ma classe de chouchou avec qui tout se passe si bien, bon allez ça fait plus que deux heures de cours, mais avec ma quatrième de barges, et mes troisième super manque de respect.

Ce matin, ma 4ème Chouchou, celle que j'ai le mardi en première heure (hum hum, de 7 à 8 pour qu'après on dise pas qu'on se la coule douce aux Antilles) m'a demandé si je faisais grève, et j'ai répondu non, je ne fais pas grève.

Et puis un quart d'heure après, alors que j'avais une heure de trou (oui parce que dans mon emploi du temps gruyère j'ai un trou d'une heure lundi, un de deux heures mardi...) je me suis dit, putain, mais j'ai deux paquets de copies à corriger pour demain (la règle à laquelle j'essaye de me tenir c'est jamais plus d'une semaine entre un contrôle et la restitution de l'évaluation), et puis demain j'ai deux classes de fou. Et puis je suis fatiguée, et puis en plus ce soir j'ai entraînement de salsa avec les copains. Pffffffffiuu, mais pourquoi j'ai dit aux 4ème Chouchou que je ne faisais pas grève. Les pauvres, je peux pas maintenant les laisser venir en classe et ne pas être là. C'est trop cruel.

Voilà! Vous voyez à quoi ça conduit d'être radine mais d'avoir des principes?

P.S. Je tiens à présenter mes excuses aux syndicats pour mon je m'en foutisme à l'égard des grèves. Mais en même temps je ne suis pas d'accord avec les 3/4 de vos revendications. Depuis des années vous vous battez pour nos conditions de travail ce qui ne les as jamais empêchées de se détériorer: poste de travail en moins, suppressions de classement ZEP... et jamais pour nos salaires, ce qui les as bel et bien aidé à tomber. Je sais bien qu'il faut arrêter de se plaindre et qu'on est pas si mal lotis par rapport aux ouvriers qui bossent en usine, mais pour des bacs plus quatre on est quand même pas super bien payés.

Et puis un jour, dans un dépliant d'un syndicat enseignant, j'ai lu quelque chose qui ressemblait à: "l'état veut supprimer la deuxième langue obligatoire, on veut l'élite pour tous, blablabla". L'élite pour tous, ça veut dire des élèves qui font de l'espagnol, mais qui ne savent pas lire et écrire en français, qui ne savent pas faire des divisions et des multiplications simples, qui ne savent pas comprendre un énoncé. Alors je ne suis pas toujours d'accord avec les syndicats.

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09 octobre 2007

T.

Au début on ne la connaît pas. On voit juste une ado chieuse au physique un peu ingrat. Elle s’énerve quand elle n’y arrive pas. Et puis on apprend comme ça, par bribes, dans la salle des profs, qu’elle n’a pas vu sa maman depuis des années, elle vit dans un foyer. Et moi qui n’avait pas vu ma maman depuis seulement huit mois mais qui parle avec elle au téléphone plusieurs fois par semaine, je sens comme un trou dans le ventre en pensant à tant de souffrance.

Aujourd’hui elle est de bonne humeur. Vendredi elle est arrivée énervée en cours prête à défoncer la gueule d’un petit con de sa classe qui lui avait piqué son sac à dos. « C’est rien T., il va te le rendre ton sac. C’est pour te faire enrager. Allez calme toi. Assied toi ma grande. » Et T. sourit. Elle aime qu’on l’appelle « ma » quelque chose. Ma grande, ma poulette à la rigueur, devoir de réserve oblige, on va pas plus loin. Ne pas toucher les élèves, alors que parfois, je sens qu’elle a besoin qu’on la prenne dans ces bras, et qu’on lui dise, « la vie c’est dégueulasse, c’est pas facile, mais tu vas y arriver. Ca va être plus dur que pour d’autres, mais ne lâche pas l’affaire ma grande, je sais que c’est dur pour toi de te concentrer, le tout c’est que tu trouves quelque chose qui te plait. Tu rencontreras beaucoup de gens qui s’en foutent de ton sort, mais tu verras, il y aura aussi des gens qui te tendront la main, qui te donneront une chance, ou plusieurs. »

Aujourd’hui elle est de bonne humeur, et elle dit aux autres « ta bouche » en se concentrant pour faire son exercice, elle fronce les sourcils, et moi je les fronce aussi en lui disant « T. ne soit pas grossière avec tes camarades ». A chaque phrase elle demande « eh madame, c’est bon ? » Je corrige quelques petites fautes. « Oui T., c’est bien, c’est du très bon travail ». Et les yeux tristes de T. se remplissent de lumière, elle me montre ses petites perles blanches un peu dépareillées. Elle roule un peu des mécaniques, narguant le reste de la classe « ta bouche toi, finis ton exercice, moi j’ai fini ».

Parfois je me demande pourquoi on leur fait faire de l’espagnol, pourquoi on encombre l’esprit de ces gamins qui savent tout juste lire. Et puis je me dis que si dans la journée je les ai fait rire un peu, s’ils se souviennent comment compter jusqu’à 10, si ça les as au moins amusés un peu, tant mieux. Je travaillerai différemment. Pour l’instant je tâtonne un peu. Mais je vais trouver.

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28 septembre 2007

Maldita sea la jodida tiza blanca

La craie blanche, chers amis, lecteurs, lecteuses, la craie blanche est l’ennemie de la profette coquette, à l’instar de ce que le slim est pour la fashionita rondouillette, ou de ce que le pantacourt avec des bottes est pour la greluche de moins d’1m70.

Mais plus encore que de la profette coquette, la craie blanche est l’ennemi du pantalon noir.

La scène se passe dans un collège ordinaire de France.

Certaines mauvaises langues diront qu’il s’agit d’un collège de France non métropolitaine, mais ne les écoutez pas. Ce sont des médisants.

La profette, une certaine Madame S. (simple coïncidence avec le fait que je m’appelle aussi madame S.) est en cours avec une classe de 3ème. L’objectif lexical est l’apprentissage des différents vêtements. N’ayant trouvé dans le manuel scolaire datant de Mathusalem une photo la satisfaisant, Profette propose à ces élèves de dire comment elle est habillée.

Les propositions commencent :

Elève Alpha: La señora S. llevo uno pantolones negras

Profette: vous êtes tous d’accord avec la phrase de votre camarade (oui je sais, dans un soucis pédagogique, je, enfin, profette devrait parler en Espagnol tout le long du cours, mais si je, enfin elle faisait ça, on avancerait jamais

Elève lèche-botte et intello toujours pratique dans une classe : No señora, se dice La señora S. lleva unoSSS pantAlones negrOOS

Profette : Si muy bien uhm (tain de bordel ! je sais toujours pas comment elle s’appelle celle là) Dalida ? (Dalida acquiesce, flattée que je me souvienne de son prénom, YESSS danse du scalp intérieure), bueno seguimos…

Classe bouche bée, accélération des pouls, putain de bordel, la tepu de prof nous a dis un truc en spanish, mais quoi ? On continue ! Seguimos (je pense qu’ils ont pas encore compris que le premier était la traduction du second) Levantad la mano .Profette lève aussi ça main, bon ok, j’arrête avec Profette, à ce stade de l’histoire vous avez compris qu’il s’agit de moi, après tout je peux bien supporter un peu plus de ridicule, donc je lève aussi la main, pour qu’ils comprennent qu’ils doivent lever la main, et comme c’est toujours les trois mêmes fayots qui participent j’en réveille un qui était sur le point de rêver de Beyoncé (sa race qu’elle tepu cette prof, peut pas me laisser dormir au fond près du ??? près du rien du tout, y’a pas de radiateurs dans les salles de classe ici, et y’a pas la clim non plus d’ailleurs) L’air super motivé, il relève la tête et dit :

Branleur du fond qui allait s’endormir : La senora S. llevas un camiseta amarillo

Moi : (putain de branleurs, au bout d’un an d’espagnol z’ont toujours pas appris que les adjectifs de couleurs sauf au moins 5 exceptions s’accordent en genre et en nombre avec le nom qu’ils qualifient, et que ça marche aussi pour les articles, sinon on finit par parler comme Jane Birkin : j’ai mis mon voiture dans ma garwage parce que je préfèrwe me déplac avec ma vélo) Llevaaaaa unaaaa camiseta amarillaaa (si j’attend qu’un fayot se réveille et rectifie on a pas fini). Ah tiens, une main se lève, oui uhmm (bon, lui il a une tronche de Jason) Jason ?

Julien :Julien !

Moi : ah oui pardon J (de toute façon les deux commencent par un J, qu’est-ce-qu’il me fait chier là ?)

Julien (ce p’tit pédé) : La señora S. tiene una mano blanca en el culo (madame S. a une main blanche sur le cul, non non, pas sur les fesses hein, sur le cul)

Moi : CERVEAU : eh les oreilles, Houston on a un problème, y’a un p’tit con qui vient de repérer une main à la craie sur le cul, le cul ? pourquoi t’as une trace de main, les oreilles, tu confirmes ? OREILLES : Roger (non, mais c’est Rodgeur comme dans les radios des avions, à l’américaine, mon cerveau s’appelle quand même pas Roger !) , je confirme, il a bien dit une main blanche sur le cul, on est mal les gars, va falloir ménager le sens du ridicule. CERVEAU : Bon la conscience, surtout tu paniques pas, mais… CONSCIENCE : trop tard les gars, ch’uis au courant, moi j’ai déjà envoyé les signaux de rougissement, là elle est tomate, over (ça c’est dans les radios des avions aussi, ça veut dire fin de transmission) CERVEAU : OK, bon, le cœur ? tu tiens le coup ? le rythme cardiaque ça va ? CŒUR : ça s’accélère un peu mais on va gérer, over. CERVEAU : bon, alors le cou, tu vires 90° Est, les yeux vous mattez en bas, les mains on s’agite sur les fesses et on enlève la craie, et les cordes vocales on se prépare, va falloir répliquer, je prépare la répartie …5 4 3 2 1 ingnition : euh oui, mais c’est la mienne ! CERVEAU : putain les gars, on a encore merdé !

MORALITE : Même si le noir ça amincie, jamais à l’école !!!

MORALITE 2 : Arrêtez de vous faire chier avec les accords masculin/ féminin, les élèves n’en ont rien à foutre, enfin, si, ça les fait juste marrer quand j’imite Jane Birkin, voilà t’y pas qu’il me prennent pour un clown maintenant, allez madame, refaites nous Jane Birkin !

MORALITE 3 : Toujours décrire une photo, même une moche, mais jamais, plus jamais demander aux élèves de me décrire.

Posté par Manu_0210 à 03:36 - Devant le tableau noir - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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