28 janvier 2008
Rencontres du 4ème type
_ Hep madame ?
_ Oui Cassy ?
_ je vous ai vue hier à Carrouf !
_ ah bon ? (Putain d’ bordel, j’étais habillée comment hier ? Meeeeeeerde, j’avais un vieux tee-shirt informe et un pantalon méga large, la version moins pire du jogging en gros…) tu m’as vue où ?
_ Ben vous choisissiez un dentifrice.
_ Ah oui, ben oui je me brosse les dents tous les jours (putain mais pourquoi j’ai dit ça moi ?), et tu m’as pas dit bonjour ? T’aurais du ? (mon Dieu heureusement qu’elle ne m’a pas approchée, heureusement qu’elle ne m’a pas vue au rayon des petits culottes, heureusement que c’était pas il y a une heure à la pharmacie alors que j’achetais un traitement contre les mycoses. C’est certain ! Dieu existe !)
C’est marrant, enfin, façon de parler, mais je ne croise jamais mes élèves quand je suis à mon avantage. Je les croise soit quand j’ai une robe beaucoup trop sexy pour qu’elle soit vue par des individus qui ne me voient qu’en tenue de prof, soit quand je suis habillée comme un sac.
Et allez comprendre pourquoi, jamais quand je suis au bras d’un super beau garçon ! Non quand mes élèves me voient je suis au mieux avec ma mère ou seule, comme ça j’ai toujours l’air d’une pauvre fille !
24 janvier 2008
Les réunions et autres stages
Attention, post passablement long comme on les aime, je m'excuse d'avance (je sais quand on dit je m'excuse c'est pas poli, on doit demander des excuses, mais moi je ne m'en voulais pas beaucoup à la base, alors je me suis excusée toute seule), en même temps si vous n'aimez pas allez voir sur skyblog, y'a que des images, c'est plus facile.
Demain j’ai une réunion.
Une réunion avec mon IPR, et d’autres profs de langue ibérique comme moi.
Bon, alors moi, cette réunion, pour tout vous dire, ça me fait bien chier.
D’abord parce que d’hab, je bosse jamais le vendredi après-midi, (je sais que je vais pas me faire trop d’amis en disant ça, mais tant pis, j’assume, d’autant plus que je me lève à 5h30 tous les matins, alors bon, j’ai bien droit à une petite compensation. A vrai dire, je ne bosse pas non plus le lundi, mardi, mercredi et jeudi après-midi, mais si je vous disais ça, là vraiment vous me détesteriez, et c’est franchement pas le but.) Je bosse jamais le vendredi aprem disais-je donc, avant d’être grossièrement interrompue par moi-même, et je trouve toujours un truc à faire, et en plus un truc beaucoup plus sympa qu’aller me faire chier à une réunion avec mon IRP (en plus c’te pute elle vient jamais, et franchement je la comprends, y’a quand même mieux à faire un vendredi aprem).
Par exemple, je me fais les ongles, je m’épile, je regarde des épisodes de Nip Tuck, je fais des lessives, je passe un coup d’aspi ? oh puis non, demain plutôt, je bouquine, je joue au Sims, je lis… Bon des fois, j’avoue, c’est pas bien, mais des fois aussi je corrige des copies et je prépare les cours de la semaine suivante.
Moi j’aime pas trop ça les réunions avec mes supérieurs.
D’abord en général ça se passe soit à l’iuphme, soit dans un autre collège, alors passer mon vendredi aprem censé être libre dans un collège alors que j’ai tant peiné à quitter le mien ça m’emmerde passablement, ensuite, parce que franchement, ils pourraient faire des réunions dans des lieux un peu plus glamour. Je sais pas moi, mais quand on doit faire une interview à une star hollywoodienne on la fait pas dans des studios de tournages ? Enfin pas souvent, non eux ils ont droit au Carlton, au Georges V, et nous on se retrouve dans un collège qui prend l’eau, avec des formateurs dépités : « ah tient, les prises ne marchent pas dans cette salle, c’est dommage, on avait préparé un super power point, quel dommage ! Bien commençons notre réunion sur l’importance de l’oralité dans l’enseignement des langues. »
Ensuite j’aime pas trop, parce que j’aime pas tellement tellement les profs. Entre la baba cool qui vient de s’en fumer un à l’interclasse et qui n’a pas l’air trop en phase avec ses propres yeux et la vieille près de la retraite qui était censée s’occuper de ses petits enfants et qui se retrouve là, alors que la prochaine réforme de l’Educnat elle s’en fout comme de l’an 40 parce que tu ne le feras pas sortir de la méthode qu’elle a appris à l’iuphme (qui à l’époque ne s’appelait même pas l’iuphme mais l’école normale) il y a de ça 39 ans je peine à trouver ma place.
Il y a également la super zélée, alors celle à je la déteste encore plus que toutes les autres, en général elle parle comme ça :
« ouiiiii, nous, à Ronsard (oui en général elles sont toujours dans un établissement qui s’appelle Ronsard celles-là, ou à Senghor), nous avons mis en place une pratique de l’évaluation basée sur le cadre européen, les groupes-classe ont tous en main des grilles d’évaluations qui leur permettent à chaque instant de savoir exactement où ils en sont de l’apprentissage de la langue cible… »
Ca c’est des fois que les gamins, un samedi soir à 11 heures avant de partir en boite ils se disent : « merde, faut que je me remette en question, où j’en suis de l’apprentissage de l’espagnol ?" Alors compréhension de l’oral : je peux comprendre une invitation d’une hispanophone native à la rejoindre danser la tectonique sur la piste, expression orale en interaction : je suis capable de proposer à ladite personne de me suivre jusqu’à la caisse de mon pote qui m’a prêté les clefs pour avoir avec elle un échange linguistique intense, compréhension de l’écrit, je suis capable de vérifier que la date de validité de la capote que m'a filé la meuf, c'est quoi d'ailleurs cette marque même pas de chez nous est toujours bonne, expression écrite : alors que je l’ai laissée dans le fossé en train de vomir ses tripes, je suis capable de lui glisser un petit mot dans son sac à main Pucca : Todo fue demasiado rápido, te propongo que quedemos buenos amigos, siempre estarás en mi corazón, pero aun no me siento capaz de tener una relación estable, mi mama quiere que me saque primero el bachillerato, et pour finir expression orale en continu : Je suis capable d’expliquer au grand frère de la native rencontrée précédement que non je n’ai pas vu sa sœur depuis plus d’une heure, moi je suis sorti avec elle tout à l’heure ? Non pas du tout, tu dois faire une erreur…
Pendant que je suis en train d’imaginer tout ça la pétasse de Ronsard qui est en Lycée, oui, parce qu’il y a plus de pétasses zélées en lycée qu’en collège continue sa dysenterie verbale et est en train de nous expliquer que les élèves qu’ils reçoivent sont désespérément débiles. En fait elle dit plutôt : « ouiiiii, alors nous avons constaté lors des évaluations des élèves de secondes qu’ils sont incapables de conjuguer un verbe au présent de l’indicatif, d’écrire un paragraphe court, et blablabla, c’est à se demander ce qu’ils ont fait au collège ! » Ben voyons connasse, on leur donnait des cours de strip-tease ! On s’est dit que ça leur serait beaucoup plus utile pour entrer dans la Star Ac !
Sinon il y a la mère de famille qui sort toute les cinq minutes pour téléphoner à la nounou du petit dernier, parce que ce matin tu comprends quand je suis partie il avait 37 et demi, alors je suis inquiète, parce que la semaine dernière il a déjà eu un rhume… (je suis désolée pour la mère de famille, et j’ai pas trop le droit de me moquer d’elle, parce que dans quelques années ce sera peut être moi).
J’aime beaucoup aussi la syndicaliste. Celle là tu la repères au premier coup d’œil, elle rentre en disant que c’est scandaleux que sa chef d’établissement lui ait demandé de remplacer les heures quelle ratait cet après midi en venant à la réunion, et comment ça on ne nous paiera pas les frais de déplacement ? De toute façon tout est un problème de moyen, avec 30 élèves par classes la nouvelle réforme est inapplicable, et puis ce qu’il faut c’est faire passer les profs à 15 heures de cours comme pour les agrégés, afin de pouvoir offrir un service de qualité aux citoyens de demain.
Dans les réunions, ou les stages, il y a aussi les formateurs, les formateurs, c’est souvent des branleurs de profs qui ont réussit à se mettre au vert à l’iuphme, mais qui essayent de te faire croire que la pédagogie c’est leur dada à fond, et qu’ils n’ont pas tout fait pour échapper aux ados rebelles :
« Bonjour et bienvenus à ce stage intitulé Vers un enseignement différencié de l’espagnol, si si c’est possible, même avec 30 élèves dans la classe dont un autiste et deux hyperactifs, alors tout d’abord nous tenons à vous préciser que bien que nous n’exercions plus depuis maintenant quelques années, vous devez avant tout nous considérer comme des collègues, nous sommes là pour vous épauler, pour vous donner des pistes de réflexions, nous n’avons pas la science infuse (même si nous avons suffisamment léché les bottes de l’IPR pour le faire croire).
Parfois ils te disent qu’ils sont encore en activité (c'est-à-dire qu’ils ont une décharge et ils font 6 heures en établissement par semaine), et parfois ils sont vraiment en activité, et ils t’avouent qu’ils ont les mêmes galères que toi avec les élèves, et là ça te soulage un peu de savoir que t’es pas seule dans la sphère sidérale intergalactique de l’Educnat.
En général, tu blablates pendant 3 heures ou plus, et au final tu ressors avec une séquence (une séquence, pour les branleurs du privés, et pour les fainéasses de fonctionnaires qui sont même pas dans l’Educnat, c’est « un ensemble de séances pédagogiques, articulées de manière cohérente, formant une unité propre et visant l’atteinte d’un objectif pédagogique général », et après on se demande pourquoi les profs sont à moitié fous !) vaguement préparée, tu te dis, "ah non mais ça c’est top, je vais la reprendre un peu, ajouter des barèmes pour évaluer afin de pouvoir l’exploiter". Et en rentrant chez toi, tu te rends compte qu’en fait ton fœtus n’est pas viable, parce qu’il faudrait que t’ai une salle informatique avec 30 postes alors qu’il y en a 10 opérationnels, ou une télé avec lecteur dvd, ou un ordinateur et un vidéoprojecteur, ou des élèves avec un QI…
Donc demain, y’a réunion… On va encore nous raconter des conneries qu’on va faire semblant de croire et on va s’habituer à travailler avec la nouvelle réforme en attendant qu’ils nous sortent la suivante !
PS: La direction du blog nie toute implication dans ce post. La ressemblance avec des personnes ayant existé, du genre la pétasse de Ronsard, ne serait que pure coïcidence.
18 janvier 2008
Arrêt de travail
Trois jours, pour un vilain microbe qui me fait mal à la gorge comme une angine, mais ce n'est pas une angine, et donc c'est pas viral, et comme les antibiotiques c'est pas automatique mais que là c'est pas viral, et ben j'ai des antibiotiques et 3 jours de REPOS.
Je peux vous dire que j'ai bien écouté mon médecin, ces deux derniers jours levée 8 heures, quelques épisodes de Nip/Tuck à fantasmer sur le docteur Troy (n'écoutes pas Lui, tu sais bien que je ne fantasme que sur toi, c'est juste pour ne pas perdre mon lectorat de greluches) (n'écoutez pas les greluches, c'est juste pour rassurer Lui, je fantasmais bel et bien sur mon petit Christian), entrecoupé de siestes et de rêves érotiques (Lui: dont tu était le principal protagoniste bien entendu, enfin, toi et une sublime blonde... c'est ça, rêve) (Les greluches: bah je vous fait pas de dessin, sans oublier que j'ai regardé quelques épisodes de Grey's Anatomy, et le docteur Sheppard, miaaaam) Après un petit repas léger, prise de température, encore à 38, encore du paracétamol pour baisser la fièvre, une sieste, réveil, Lui au téléphone:"mais oui mon amour tu me manques je ne rêve que de toi, tu voudrais pas t'acheter une blouse bleue? Non rien comme ça, un fantasme..."), ensuite un peu de lecture dans le hamac, le soir un bouillon de poulet préparé par ma maman qui est repartie avant hier au Brésil, un peu de télé et dodo vers 11 heures.
Avec ce rythme effréné, vous pensez bien que je n'ai pas eu le temps de venir faire un coucou sur mon blog, encore moins de corriger des copies. Bref, je me sens bien mieux aujourd'hui, plus de fièvre, mais encore un mal de chien à la gorge, et comble du bonheur, je sens venir la mycose vaginale (tiens ça faisait longtemps qu'on en avait pas parlé de celle là!) qui apparait à chaque fois que je prends des antibiotiques. Ahhh le bonheur d'être une femme! J'aimerai bien que les mecs aussi puissent avoir des... je sais pas des mycoses glandaires à chaque fois qu'ils prennent des antibiotiques. Mais je m'égare.
Me voilà en meilleure forme, et je me demande, si finalement je n'ai pas psychosommatisé dans le but d'échapper trois jours au collège? Bref, cette convalescence m'a fait du bien, me voilà prête à profiter du weekend avant de retourner traumatiser de la greluche de 15 ans et du kéké des collèges.
13 janvier 2008
Angoisse
Je dors mal la nuit. Je pars au travail avec une boule dans le ventre. Dans la voiture j'écoute France Inter, le fou du roi me redonne un peu le sourire, mais parfois ça ne suffit pas, et dans les embouteillages des larmes silencieuses coulent sur mes joues. Je suis juste comme avant les vacances, comme si elles n'avaient jamais eu lieu. Fragilisée, à bout. Marre de ma 4ème de débiles, marre de ma 3ème mous du genou, marre de ma 3ème de pétasses et faux bad boys en nike à 200 euros. Marre de ces élèves qui foutent rien, ne veulent rien faire, qui sortiront du système scolaire sans aucun diplôme, victime de l'éducation laxiste des parents, et de profs comme moi qui baissent les bras.
Je culpabilise de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir transmettre ma passion d'apprendre. Seulement un an d'enseignement, et je suis déjà pleine de désillusions. Pas toute une carrière comme ça non. Mais quoi à la place? Qu'est ce que je suis capable de faire? Je n'aime pas non plus le monde de l'entreprise ou l'individu disparaît dans la masse du profit. Et puis ces copies, tout le temps. Sans mes 4ème chouchou je craquerais. Mais ils sont là, avec leurs sourire, leur envie d'apprendre, les saynètes qu'ils jouent en classe avec autant de plaisir.
Cette semaine, en plein contrôle une bimbo de 3ème a passé l'heure à me regarder en souriant, moqueuse je crois. Comme je dois être fragile pour être destabilisée par les moqueries d'une gamine de 15 ans. Rentrée chez moi je relativise. Mon avenir est tracé mais le sien?
J'ai fait un stage vendredi. Un petit coup de boost de la hiérarchie pour nous montrer comment travailler selon les nouvelles directives. Je me replonge dans le travail. Il faut mettre les élèves en activité... Ouhais, ben je vais essayer...

